FAUCON EN EFFROI
Perché au sommet : le faucon. Du haut de son perchoir, il hésite à plonger. Il a peur du vide, peur de voler à ras, peur de se manquer. Lui, pourtant si précis, a peur de se manquer. De passer à côté de l'arbre aux mille branches et de s'enfarger dans un feuillage trop profond, trop étroit, trop dense. Il a peur des couleurs qui se ternissent à l'automne, redoute leur absence à l'hiver, évite leur fragilité printanière et leur flamboyance estivale l'intimide.
Il est indécis dans ses certitudes intuitives. Il a peur de se manquer, peur de plonger, peur de ne pas plonger. Il a peur d'effrayer l'écureuil qu'il essaie seulement d'approcher, le chat qu'il souhaite simplement saluer. Il a repéré la belle petite roche en contrebas, scintillante dans le sable ruisselant de couleurs mirobolantes.
Il hésite encore à plonger, il a peur de se manquer. Peur de manquer son beau perchoir, de ne plus jamais retrouver la sérénité qu'il lui apporte, de devoir masquer son étrange plumage à ses comparses, de ne plus parvenir à déployer ses ailes. Le faucon le sait : la peur paralyse.
Le faucon a peur car le faucon désire. Il désire sa liberté, ne veut plus avoir à vivre autrement, à vivre reclus. Il désire se connecter, pouvoir partager, resplendir de mille et une couleurs. Le faucon attend d'imiter les flocons.
Hélyo James, 23 février 2025