FAUCON EN EFFROI

Perché au sommet : le faucon. Du haut de son perchoir, il hésite à plonger. Il a peur du vide, peur de voler à ras, peur de se manquer. Lui, pourtant si précis, a peur de se manquer. De passer à côté de l'arbre aux mille branches et de s'enfarger dans un feuillage trop profond, trop étroit, trop dense. Il a peur des couleurs qui se ternissent à l'automne, redoute leur absence à l'hiver, évite leur fragilité printanière et leur flamboyance estivale l'intimide. 
 
Il est indécis dans ses certitudes intuitives. Il a peur de se manquer, peur de plonger, peur de ne pas plonger. Il a peur d'effrayer l'écureuil qu'il essaie seulement d'approcher, le chat qu'il souhaite simplement saluer. Il a repéré la belle petite roche en contrebas, scintillante dans le sable ruisselant de couleurs mirobolantes. 
 
Il hésite encore à plonger, il a peur de se manquer. Peur de manquer son beau perchoir, de ne plus jamais retrouver la sérénité qu'il lui apporte, de devoir masquer son étrange plumage à ses comparses, de ne plus parvenir à déployer ses ailes. Le faucon le sait : la peur paralyse.
 
Le faucon a peur car le faucon désire. Il désire sa liberté, ne veut plus avoir à vivre autrement, à vivre reclus. Il désire se connecter, pouvoir partager, resplendir de mille et une couleurs. Le faucon attend d'imiter les flocons.
 
Hélyo James, 23 février 2025

SIFFLEMENT LUMINESCENT

J'entends le chant des lucioles, la mélodie du vent qui sifflote et virevolte autour de moi. Le son pétille dans mes tympans, les pétillements prennent possession de mes pensées. Mes mains tremblent et je regarde impuissant l'impulsion grandissante au bout de mes doigts. Ils cherchent dans l'invisible le sensible et l'indicible, un semblant de toucher pour provoquer l'équilibre. Je suis transporté par la luminescence, transcendé par l'incandescence, indécent par mon absence. Mes jambes tressautent, mon corps trémule, je trébuche sur les dogmes que laissent traîner des gnomes. Je rêve d'abandons, de plongeons dans le vide et d'un soupçon d'attraction. La terre m'appelle et je ne sais que répondre.
 
Hélyo James, 19 février 2025